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Il était mille fois et plus encore 

Les arbres se plient, se courbent
ils s’origamient sur les témoins du fragile,
ils prennent soin des brins de vie
passant
sans jamais les toucher,
pour déployer leurs ondes un peu plus loin
à la forêt du temps qui ne reconnait que le tant.


Témoin des combats,
témoins gigantesques
presque invisibles
à force d’habitude,
en ivresses des petits pas
ils ne parlent pas.

Leurs temps est étirement
ils caressent,
ils tendressent,
ils âment doucement
le grand brouhaha des Hommes.

Ils se replient
et emportent dans leur plissements
aux portes du temps,
les souffles tristes et les rires d’enfants,
les souffles des vies posées là
un jour au croisement d’un « on ne sait pas trop pourquoi »
aux clapotis des pas,
aux déchirures des « va et ne te retourne pas ».

Les arbres embrassent de tout leurs bras
les passants et les passantes,
au minuscule du grandissement de leurs feuilles,
aux pointillés des rhizomes de leur vitalité,
ils étreintent la vie qui passe,
ils font mémoires silencieuses.

Et le temps va
et l’on ne s’en aperçoit qu’en peines
jusqu’au jour où la preuve est là
qu’il nous reste si peu
à profiter des aimants aimés,
des amants aimants,
des aimés petits et grands.

A leurs mouvances souterraines,
les arbres déploient mémoire d’unis vers ciel
et de tout ces « presque riens » qui s’abîment
ils en font des pour tant,
des portants si grands de lumières
et si on les écoute
on est prêt à parier nos âmes d’enfant
pour croire encore à un peu d’humanité,
pour un rêve de grand
et cheminer pieds nus sous la pluie, la lune et le vent.

*

photo, voix, mots : Bérénice.L

Il était mille fois et plus encore… 730 enfants de moins de cinq ans
ont été tués en un mois quelque part pas si loin,
par les balles ou par le feu… 

aux côtés d’autres, ailleurs…
ici, devant, derrière, aux parenthèses d’autres temps,
aux marges du notre…

Ils étaient presque mille et plus encore…
ils étaient un, l’enfance et on savait.

https://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20171214.OBS9258/au-moins-6-700-rohingyas-tues-en-birmanie-en-un-mois.html
C’est peut être un détail… non pas pour moi.
Je remercie les grands arbres humains,
croisés aux chemins des bois vivants,
dont un très particulièrement,
qui ouvrent leurs bras insensément
malgré le mauvais temps,
portant en étendard leur âme d’enfant
et qui prennent soin de la mémoire de nos actes.

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